Rosalie Beauchamp, une entrepreneure inspirante du monde du cirque

Par Nancy Aumais, professeure, co-responsable de l’axe « Activisme entrepreneurial ».

J’ai rencontré Rosalie, artiste de cirque et cofondatrice du cabaret Le Monastère, lors du Festival International du film sur l’art (FIFA) en mars dernier alors que nous étions invitées à parler des parcours entrepreneuriaux féminins et de leadership. Rosalie, une figure fort engagée de l’univers du cirque à Montréal, a par la suite accepté de m’accorder un entretien. Je vous partage ici son histoire. Originaire de Mont-Laurier, au Québec, Rosalie a débuté sa carrière artistique par un cheminement atypique, marqué d’une passion précoce pour les arts du cirque, influencée par sa découverte des spectacles du Cirque du Soleil et de rencontres avec Clowns sans frontières.

N’ayant pas accès à des cours de cirque dans sa région natale, Rosalie s’oriente d’abord vers la danse puis vers d’autres activités artistiques et physique, développant ainsi une base créative diversifiée. À 21 ans, Rosalie décide de se lancer dans les arts du cirque, suivant une formation préparatoire. Face aux défis d’intégrer les grandes écoles de cirque du Québec, elle adopte une approche autodidacte, se spécialisant en duo aérien et suivant différentes formations qui la mèneront à créer un appareil aérien de cirque, un double cerceau, qui fournit plus d’espace pour danser dans les airs, ce qui lui permet d’explorer de nouvelles dimensions artistiques. Cette invention devient un élément central de sa carrière, lui ouvrant les portes de festivals et de spectacles à travers le monde.

La naissance du Monastère

L’idée de fonder Le Monastère est née de frustrations quant aux opportunités limitées pour les artistes de cirque à Montréal. Inspirée des cabarets européens qu’elle fréquente, Rosalie et son collègue Guillaume créent en 2016 un espace dédié à la présentation de numéros de cirque variés, favorisant l’accessibilité pour le public et l’épanouissement des artistes en tant que créateur.trice.s. Le Monastère, en tant qu’OBNL d’économie sociale, se distingue par sa mission de contribuer au développement de la communauté artistique, tout en mettant en avant des valeurs d’accessibilité et de convivialité. Ce faisant, elle souhaite avant tout contribuer à faire découvrir le cabaret, forme artistique peu connu du grand public au Québec.

Une vision du leadership et de la collaboration

Comme entrepreneure, Rosalie adopte un style de leadership collaboratif, influencé par son désir de s’écarter des modèles traditionnels de gestion. Elle valorise la transparence et l’implication de son équipe dans la prise de décisions, cherchant à équilibrer la participation et l’efficacité. Sa vision est de créer un environnement où chaque membre peut exprimer son potentiel, tout en maintenant une culture d’entreprise bienveillante et inclusive, même si elle admet que cela présente parfois des défis importants. Son ouverture et sa soif d’apprendre la nourrisse dans son évolution comme gestionnaire, artiste et entrepreneure.

Les perspectives d’avenir pour les arts et les arts du cirque : un contexte difficile

Le parcours entrepreneurial de Rosalie est marqué par des défis financiers et organisationnels de taille, notamment en raison d’une crise du financement des arts. Elle exprime une volonté de pérenniser Le Monastère, tout en restant fidèle à ses valeurs. Rosalie est également engagée dans des initiatives de plaidoyer pour l’amélioration des conditions dans le secteur artistique, cherchant à influencer les politiques culturelles même si elle avoue se sentir parfois découragée face aux difficultés de financement et à son souhait de ne pas contribuer à reproduire des conditions précaires pour la douzaine de personnes employées du Monastère ainsi que les artistes à qui celui-ci fournit une plateforme qui fait émerger une diversité de créations.

À travers Le Monastère, Rosalie contribue à dynamiser le milieu artistique montréalais, offrant ainsi une plateforme et des occasions de réseautage et de développement essentiels pour les artistes de cirque. Son engagement envers la communauté et sa vision innovante font d’elle une figure inspirante pour les jeunes entrepreneur.euses culturels. Son parcours démontre l’importance de la curiosité et de l’audace dans un parcours entrepreneurial qui redonne à sa communauté. Rosalie continue de rêver et de bâtir, convaincue que l’art peut transformer les communautés et les individus. Son travail au Monastère témoigne de sa passion pour le cirque et de son engagement envers le développement d’un écosystème artistique florissant à Montréal. Son parcours a d’ailleurs été salué par la remise du prix le Prix jeune gestionnaire de la Chaire de gestion des arts Carmelle et Rémi-Marcoux à HEC Montréal le 16 avril 2024.

Découvrir le monastère

Le Jardin du Monastère un oasis de verdure et de couleur en plein centre-ville, ouvert chaque jour gratuitement: https://le-monastere.ca/salles-le-jardin/

Tous les vendredis le Monastère se produit gratuitement dans les jardins: https://facebook.com/events/s/la-ginguette-de-cirque-le-jard/1581310812414742/

Prochain spectacle en vente ici: https://lepointdevente.com/billets/cabaretdenovembre2024

Crédits photos :

Photo de profil arista : crédit photo : Sylvie-Ann Paré

Photos de cirque mars 2024 : crédit photos : Caroline Thibault

Duo azelle cirque dream : pas de crédit