À propos de la chaire

La Chaire s’inscrit dans le cadre du Carrefour Entreprendre à impact de l’ESG UQAM.

Vision et Objectifs du CEAS

L’entrepreneuriat, comme pratique et discipline, s’est formé autour d’un certain nombre de mythes permettant de cultiver une figure solitaire et héroïque au service de la croissance ou de la résilience économique via des conduites innovantes et à risque. Cette mythologie a conduit à mettre à l’écart d’une part des pans entiers de la société et du monde et d’autre part des dimensions profondément sociales de la pratique entrepreneuriale, mais aussi à trop faiblement s’interroger sur les effets possiblement néfastes de cette pratique.   

Au-delà d’une perspective de croissance économique, la Chaire Entrepreneuriat, Altérité et Société vise donc à réinscrire l’entrepreneuriat au cœur des transformations sociales et politiques, dans une approche relationnelle, en tenant compte de ses dimensions éthiques.   

  • Transformations politiques et sociales, parce que la Chaire portera un intérêt particulier à celles et ceux qui sont laissés aux frontières de l’entrepreneuriat. En dévoilant ce que nous pouvons apprendre de ce qui se passe dans les marges pour repenser les pratiques dominantes, la Chaire mettre ainsi au cœur de son projet la recherche de l’altérité. Elle visera aussi à comprendre comment l’entrepreneuriat dans des contextes minorisés peut être porteur de disruptions sociales et politiques, et non plus économiques, en questionnant nos imaginaires et les cadres autorisés de l’action entrepreneuriale.   
  • Approche relationnelle, parce que du verbe ‘entreprendre’, nous avons très longtemps mis l’accent sur ‘prendre’ (l’appropriation de la valeur) et assez peu sur ‘entre’ qui souligne que l’entrepreneuriat nait dans les intervalles et les interactions, consiste dans l’invention d’espaces et d’interstices. Là encore, les travaux de la Chaire examineront l’ensemble des dimensions relationnelles qui font l’entrepreneuriat, en considérant toutefois que l’activité relationnelle n’est pas tout à fait la même qu’on soit au centre ou à la périphérie du jeu entrepreneurial. Les acteurs de l’industrie entrepreneuriale feront alors l’objet d’une attention particulière.   
  • Dimensions éthiques enfin, parce que l’entrepreneuriat est le vecteur de nombreuses transformations en cours qui fabriquent le monde de demain (agriculture cellulaire, reconnaissance faciale, etc.), qu’il s’agit de comprendre, de réguler et d’accompagner.  L’entrepreneuriat est en cours d’élaboration d’un nouveau mythe – celui de la start-up – qui fixe de nouveaux repères autour des bonnes manières d’entreprendre et dont il faut dès lors interroger les pratiques et ses effets sur les ‘autres’ acteurs de l’entrepreneuriat.   

En somme, la Chaire vise à mieux interroger, comprendre et réinventer les pratiques entrepreneuriales en faisant le détour par l’autre, l’ailleurs et les ‘entre’.

Axes de la chaire

Axe 1 : Entrepreneuriat dans les marges

Pilote : Joëlle Bissonnette, Professeure, Département de management  

Les recherches menées dans cet axe porteront sur l’entrepreneuriat dans des contextes marginaux, qu’ils soient sociaux, professionnels, économiques ou géographiques. Dans ces contextes, l’entrepreneuriat apparaît souvent en réponse à des déficits structurels et des ressources manquantes pour mener à bien certaines activités, pour répondre à certains besoins ou pour mettre en valeur des ressources ou apports individuels et collectifs. En répondant à ces déficits, à ces besoins ou à cette mise en valeur, l’entrepreneuriat transforme le contexte marginal. Il le fait au travers de formes collectives et temporaires d’organisation, de pratiques informelles fondées sur l’entraide et la collaboration et atteint ses résultats en fonction de critères de succès propres à chaque contexte. Cet axe accueillera, par exemple. des recherches sur l’entrepreneuriat dans des secteurs en marge des secteurs traditionnels de l’économie, comme les arts et la culture, où le succès peut se définir par les capacités de l’entrepreneuriat à rendre viables une diversité de formes d’expression artistique et culturelle ainsi qu’à repousser les frontières de cette expression. Il accueillera également des recherches sur l’entrepreneuriat dans des contextes sociaux marginaux, comme des minorités nationales et linguistiques, des petites nations et des petites sociétés, soit des sociétés non-hégémoniques, qui ne définissent pas l’ordre mondial, et où l’entrepreneuriat est étroitement lié à l’autonomie culturelle et économique de la société. Il accueillera de la même façon des recherches sur l’entrepreneuriat dans des régions rurales ou éloignées des centres urbains, de même que l’entrepreneuriat dans des classes sociales et économiques défavorisées ou en émergence et ce, dans le Nord comme dans le Sud.   

Quelles formes d’organisation et quelles pratiques nous révèle l’entrepreneuriat dans ces contextes? À quoi répondent ces formes d’organisation et ces pratiques? Que transforment-elles dans chaque contexte? Que nous apprennent-elles sur l’entrepreneuriat, ses motivations et ses résultats? Comment accompagner ou soutenir cet entrepreneuriat sans le teinter des pratiques, des processus, des formes, des motivations et des résultats de l’entrepreneuriat dans des contextes plus centraux?  

Axe 2 : Entrepreneuriat et genre

Pilote : Professeure Christina Constantinidis, Département de management  

L’approche genre a d’abord été introduite dans le champ de l’entrepreneuriat via des recherches portant sur les femmes entrepreneures. Ces travaux historiques ont permis de révéler et de comprendre les multiples freins à la création d’entreprises rencontrés par les femmes, dans un contexte culturellement construit autour de valeurs et de normes masculines. De nombreux dispositifs ont vu le jour en termes de soutien à la création d’entreprises, incluant des initiatives de mentorat, de formation, de financement, de réseaux spécifiquement conçus pour un public de femmes entrepreneures. Si ces recherches et dispositifs ciblés restent sans conteste extrêmement utiles pour la recherche et la pratique autour de l’entrepreneuriat féminin, ils sont néanmoins indissociables d’un questionnement plus large portant sur les phénomènes de genre existants dans l’environnement entrepreneurial. Au travers de nos travaux, l’intention est de déplacer le curseur d’analyse au-delà des individus – ‘les femmes entrepreneures’ – et de leurs difficultés ou barrières, afin d’appréhender les dynamiques complexes du genre et de la diversité d’un point de vue systémique. Il s’agit de dépasser le portrait homogène des femmes entrepreneures que la littérature tend à dépeindre.   

Premièrement, les travaux développés dans cet axe de recherche s’intéressent aux effets croisés de différentes dimensions contextuelles – incluant des phénomènes de genre, de génération, de culture et de racisation – sur les identités, expériences et pratiques entrepreneuriales des femmes. Deuxièmement, au-delà des mécanismes par lesquels l’environnement freine les femmes entrepreneures, cet axe de recherche s’intéresse aussi à la manière dont les femmes entrepreneures peuvent développer des stratégies de résistance, de contournement ou de redéfinition des systèmes en place. Ce faisant, nous cherchons à identifier et visibiliser les modèles alternatifs, diversifiés, développés par des femmes entrepreneures, qui contribuent ainsi à influencer et à transformer l’écosystème entrepreneurial. Troisièmement, la mobilisation d’approches et de cadres théoriques du genre, développés dans différents champs disciplinaires permet d’enrichir notre compréhension des processus et contextes entrepreneuriaux au sens large. En effet, les ‘lunettes du genre’ apportent un éclairage pertinent et souvent original afin de mieux appréhender de nombreuses problématiques rencontrées en entrepreneuriat.

Axe 3 : Entrepreneuriat et militantisme

Pilotes : Nancy Aumais et Olivier Germain, Professeur.e.s au département de management  

 Cet axe de recherche s’intéresse à une problématique émergente dans le domaine considérant que l’entrepreneuriat, comme activisme social et politique, consiste à la fois à déconstruire les imaginaires qui orientent sensiblement les subjectivités entrepreneuriales et à produire et autoriser de nouveaux imaginaires dans les franges du système en place. En somme, l’entrepreneuriat, comme conduite activiste ou mouvement social, peut conduire à disrupter la société, ses normes, ses rituels de pouvoir, dans un projet de transformation. Il vise alors la production de nouveaux intervalles, d’autres lieux, de nouveaux ‘entre’, afin de défaire certaines inégalités à l’œuvre à l’échelon systémique mais aussi passer d’une logique d’exclusion à une dynamique d’émancipation en permettant le déploiement de nouveaux imaginaires collectifs.          

Nos travaux examineront notamment des formes alternatives d’entrepreneuriat, non pas dans le champ des entreprises sociales, mais celles qui défient les cadres en place en se situant temporairement au besoin dans les marges de la légalité et de la légitimité, encourageant des questionnements éthiques. Ils considèreront que la frontière entre entrepreneurs marchands et entrepreneurs sociaux est parfois travaillée par des pratiques entrepreneuriales marchandes à impact social, ce qui conduit certains à proposer aujourd’hui un « entrepreneuriat public » au service du bien commun. Ils s’intéresseront à de nouveaux vecteurs de cet activisme entrepreneurial – tels que les réseaux sociaux – qui permettent parfois temporairement à des collectifs fluides et critiques de défier les pratiques en place et d’en faire émerger d’autres. Dans cet axe, il sera enfin question de comprendre comment les pratiques activistes contribuent à défaire les catégories de pensée binaires au premier rang desquelles l’opposition entre l’entrepreneuriat formel et informel, contraint ou opportuniste, dont certaines contribuent à entretenir des assignations identitaires.  

Structure et gouvernance de la Chaire

La Chaire se dote d’un Comité de direction et d’un Comité d’orientation scientifique.  

Le Comité de direction se charge de :  

– valider annuellement les orientations à venir et le rapport d’activité de l’année passée de la chaire,   

– fixer les orientations budgétaires de l’année à venir et d’entériner le budget réalisé de l’année passée.   

Il est composé du titulaire de la Chaire, d’un membre représentant le doyen de l’ESG UQAM, d’un.e professeur.e responsable d’axe de recherche (autre que le titulaire de la chaire), d’un membre représentant le partenaire principal et d’un.e représentant.e du vice-rectorat à la recherche, à la création et à la diffusion (membre observateur)  

Le Comité d’orientation stratégique a pour mission d’accompagner la programmation scientifique de la Chaire et d’exercer une fonction de veille afin d’actualiser le projet scientifique de la Chaire.  

Il est composé du titulaire de la chaire, des trois pilotes d’axes de recherche et de trois professeur.e.s reconnu.e.s pour leur expertise dans les domaines de la chaire. Ont été à ce titre approchés le Professeur Chris Steyaert (University St Gallen, Suisse), la Professeure Silvia Gherardi (University of Tronto, Italie) et la Professeure Miruna Radu-Lefebvre (Audencia, France). A cela s’ajoute un membre issu des milieux concernés. A été approché à cet effet Monsieur Louis-Edgar Jean-Francois, président-directeur général du Groupe 3737.  

Formation

La Chaire est un écosystème de haut niveau pour la formation de la relève dans le domaine de l’entrepreneuriat critique et alternatif via la direction et codirection par les membres de son équipe de mémoires de maîtrise, de thèses de doctorat et de stages post-doctoraux. Elle vise donc en premier lieu à développer la relève scientifique par le financement régulier d’une thèse par axe. La thèse et les travaux des étudiants s’inscriront donc très clairement dans le développement de la chaire et feront l’objet d’un encadrement collectif. De même la chaire vise à stimuler la créativité des étudiants de maitrise sous la forme de concours les invitant à explorer des formes alternative d’entrepreneuriat mais aussi des stratégies de narration émergentes en entrepreneuriat.   

Par ailleurs, la chaire est articulée à l’offre de formation en entrepreneuriat et particulièrement :  

  • au Certificat en dynamiques entrepreneuriales, et notamment son cours de Culture entrepreneuriale, constitue un foyer de production de biographies, parcours de vie, d’entrepreneur.e.s sévissant dans les marges du système dominant;   
  • au cours MET8412 – Entreprendre : enjeux et processus de la création, permet d’arrimer des étudiant.e.s de maitrise es sciences de la gestion aux problématiques développées par la Chaire dans le cadre de travaux de fin d’études visant en particulier l’exploration de formes et d’écritures alternatives de l’entrepreneuriat. La Chaire est un lieu de vie intellectuelle pour les étudiants que nous dirigeons en maitrise et qui s’inscrivent dans les axes de recherche afin notamment de les sensibiliser aux possibilités doctorales.  
  • au cours ADM9984 – Entreprendre : identités, pratiques et discours qui constitue le séminaire doctoral où sont travaillées les perspectives alternatives en entrepreneuriat. Ce séminaire devrait être transformé en plateforme collective permettant à tous les membres professeurs de la chaire de faire connaitre leurs intérêts.   

A moyen terme, la chaire en association avec les autres composantes du Carrefour souhaite porter le projet de création d’une concentration au sein de la maitrise es sciences de gestion qui s’articule à notre philosophie. Cette concentration permettrait avant tout de défendre une approche alternative de l’entrepreneuriat mais aussi de former concrètement une relève de recherche sensibilisée à ces enjeux.   

Finalement, la Chaire vise des publications dans les revues en lien avec les thématiques traitées (ex. Entrepreneurship and Regional Development, International Journal of Entrepreneurial Behaviour, Journal of Business Venturing, Revue de l’Entrepreneuriat, RIPME, Organization, Etc.). La présence annuelle d’un.e chercheur.e international.e de pointe vise cet objectif de formation des apprentis chercheur.e.s mais aussi d’élévation du niveau des publications de ses membres. La chaire souhaiterait par ailleurs être le havre d’un atelier doctoral annuel réunissant les doctorants internationaux et leurs directions afin de cultiver ces problématiques marginales et créer un réseau professionnel et amical entre doctorant.e.s. Elle peut pour se faire notamment s’appuyer sur le track ‘éclairages critiques en entrepreneuriat’ créé au sein de l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation par le titulaire.  

Les membres étudiant.es permanent de la chaire ont la possibilité d’obtenir une bourse d’étude pour soutenir leur recherche critique.