Shadowing Electronic Music Djs at Night: Ethical and embodied challenges at night
Résumé et réflexions rédigés par Suzie Mondésir, doctorante en administration à l’ESG UQAM et membre de la Chaire Entrepreneuriat, Altérité et Société.
Le 10 avril dernier, à la Chaire Entrepreneuriat, Altérité et Société, parallèlement à sa propre présentation sur l’avancement de sa thèse, Suzie Mondésir a eu l’opportunité d’assister à la stimulante présentation intitulée « Ethical and embodied challenges at night ». Cette recherche ethnographique menée par Amélie Gaudreau-Sauvé, Coline Sénac et Nancy Aumais explore les dimensions éthiques et méthodologiques de l’étude des espaces festifs nocturnes avec une profondeur remarquable.
La présentation s’articule autour de plusieurs axes complémentaires : l’expérience sensorielle et corporelle sur le dancefloor, les interactions entre musique et états d’intoxication, et les défis éthiques spécifiques à ce terrain de recherche. La recherche propose une réflexion nuancée sur la posture du chercheur immergé dans ces espaces où la frontière entre observation et participation devient nécessairement poreuse. La section « Researching on the dancefloor: a reflexive experience » souligne particulièrement bien cette tension méthodologique essentielle.
Ce qui m’a frappée est l’attention portée aux dilemmes éthiques que soulève cette forme d’ethnographie. Comment observer respectueusement des pratiques qui se déroulent souvent dans des contextes d’intimité ou d’altération de conscience ? Comment obtenir un consentement véritablement éclairé dans ces circonstances ? Ces questions sont abordées avec une sensibilité qui démontre une véritable préoccupation pour le bien-être des participant.e.s à la recherche.
La dimension « Making the invisible visible » révèle également l’ambition de cette recherche de documenter des pratiques culturelles et des interactions sociales qui restent souvent dans l’ombre, peu étudiées par les approches académiques conventionnelles. Ce travail de mise en lumière s’accompagne d’une réflexion critique sur les biais potentiels des chercheures et sur les rapports de pouvoir inhérents à l’acte même de recherche.
J’ai particulièrement apprécié la façon dont cette présentation fait écho, bien qu’indirectement, aux enjeux d’injustice épistémique qui sont au cœur de ma propre recherche. En effet, en cherchant à documenter et légitimer des formes de savoir et d’expérience qui se manifestent dans ces espaces nocturnes, les chercheures combattent une forme d’injustice herméneutique, c’est à dire celle qui prive certains groupes ou certaines pratiques des ressources conceptuelles nécessaires pour comprendre et articuler leurs expériences. La vie nocturne, avec ses codes, ses rituels et ses formes d’expression corporelle, constitue un domaine où les savoirs sont souvent dévalués ou considérés comme illégitimes par les structures académiques traditionnelles. En développant des méthodes sensibles pour capturer ces expériences, cette recherche contribue à élargir notre conception de ce qui compte comme connaissance valide.
Les considérations méthodologiques présentées dans la section « Practicing research at night » offrent des pistes concrètes pour négocier les défis spécifiques du terrain nocturne : gestion de sa propre fatigue, adaptation aux rythmes inversés, documentation d’expériences sensorielles intenses, et maintien d’une posture éthique dans des contextes parfois ambigus.
Cette présentation constitue une contribution significative à l’ethnographie des pratiques festives et plus largement aux méthodologies de recherche en contextes sensibles. Elle illustre éloquemment comment la production de connaissance peut s’enrichir d’une réflexivité constante sur les conditions mêmes de cette production, particulièrement lorsqu’il s’agit d’explorer des espaces sociaux à la marge des regards institutionnels.