L’entrepreneuriat collectif au Cameroun

Résumé rédigé par Margie D’Anjou, doctorante en administration à l’ESG UQAM et membre de la Chaire Entrepreneuriat, Altérité et Société.

Le 24 février 2025, lors d’un séminaire organisé par la Chaire Entrepreneuriat, Altérité et Société, Lolita Toche, stagiaire postdoctorale à la Chaire de recherche du Canada sur la carrière entrepreneuriale est venue partager aux membres de la Chaire entrepreneuriat, altérité et société son expérience de recherche doctorale portant sur l’entrepreneuriat collectif des femmes. Pour sa thèse, Lolita voulait étudier le processus d’organisation entrepreneurial; le passage de l’organisation informelle à l’organisation formelle chez un groupe de femmes.

De bouche à oreille, elle a réussi à entrer en contact avec un groupe de quatre-vingts (80) femmes au Cameroun qui opèrent des activités d’épargne informelles (tontines) depuis plusieurs générations. Ces femmes s’étaient fait proposer par un accompagnateur de créer une coopérative d’huile d’avocat. Alors qu’aucune d’entre elles n’aurait penser entreprendre seule, la dynamique initiale et la confiance mutuelle au sein du groupe ont fait en sorte de permettre l’activité entrepreneuriale.

Or, la création de la coopérative n’est pas aisée. L’écart entre les méthodes préconisées par l’accompagnateur (demandes de financement, plan d’affaires et identification d’objectifs à long terme) et les réflexes des membres du groupe d’utiliser leurs propres ressources devient rapidement une contrainte. Alors que les femmes auraient abordé le projet par étapes selon leurs capacités financières et techniques, l’accompagnateur favorise les grandes demandes de financement pour démarrer un projet « clé en main ».

Ce projet, initié en 2014, n’a toujours pas pris la forme d’une coopérative. Les méthodes mises de l’avant par l’accompagnateur ont fait en sorte de renforcer la dépendance du groupe en des intermédiaires et d’accroître le manque de confiance des femmes en leurs capacités (qui ironiquement constituent leur principale force au quotidien). Lolita remarque que le rôle de l’accompagnateur étant toujours resté flou, ce dernier en a profité pour imposer sa vision et ses pratiques sur le projet. Lolita se demande d’ailleurs ce qu’aurait pu devenir ce projet de coopérative si l’accompagnateur avait été une femme; si le projet avait été imaginé autour des besoins de ces femmes et sur leur capacité à apprendre en faisant.

En plus d’avoir étudié cette dynamique entrepreneuriale déchirée entre le formel et l’informel, Lolita s’est intéressée à l’intériorisation du patriarcat chez les femmes du groupe qui représente selon elle un exemple de violence symbolique au sens de Bourdieu (1998). À un certain moment du processus de création de la coopérative, la question de l’intégration des hommes dans le projet à été mise de l’avant par les femmes elles-mêmes. Cette préoccupation était guidée par un souci de maintenir la cohésion dans la communauté en anticipant les perceptions négatives que pourraient avoir les hommes par rapport au projet et aux attentes qu’ils entretiennent envers les responsabilités familiales des femmes. Selon ses recherches, tous les projets de coopérative portés par des femmes dans la région de son terrain d’étude intègrent des hommes.

Le travail de terrain de Lolita lui a permis de mettre en lumière la force d’organisation d’un groupe de femmes qui perdure malgré les difficultés entrepreneuriales. Le projet de coopérative d’huile d’avocat n’est pas éteint, il sommeil seulement en attente de conditions propices qui permettront à ces femmes de prendre le contrôle de leur projet.